« Les maltraitances des enfants peuvent se passer dans tous les foyers »
Violence physique, violence psychologique, négligence… Les équipes éducatives sont susceptibles d’accompagner des élèves victimes de maltraitance.
Qu’est-ce que la maltraitance ? Comment repérer ses signes ? Quel rôle le personnel enseignant peut-il jouer ? PROF a interrogé Annick Faniel, sociologue, chercheuse et formatrice au Centre d’Expertise et de Ressources pour l’Enfance (CERE).
PROF : Comment définir la maltraitance ?
Annick Faniel : Je me réfère au décret relatif à l’Aide aux enfants victimes de maltraitance du 12 mai 2004 qui est toujours d’actualité.
Il définit une situation de maltraitance comme « toute situation de violences physiques, de sévices corporels, d’abus sexuels, de violences psychologiques ou de négligences graves qui compromettent le développement physique, psychologique ou affectif de l’enfant ; une attitude ou un comportement maltraitant peuvent être intentionnels ou non ».
Ce décret oblige les professionnels de l’enfance, dont l’équipe éducative d’une école, à intervenir en situation de maltraitance.
Quelles formes peut prendre la maltraitance ?
Il y a la maltraitance physique mais aussi psychologique, et la négligence. Il y a aussi la maltraitance institutionnelle. Par exemple, rappelez-vous en 2024, des crèches ont fermé parce qu’on y avait détecté des violences et des maltraitances sur les enfants.
Par ailleurs, on constate beaucoup sur le terrain des séparations conflictuelles de parents où l’enfant est instrumentalisé. Je rappelle que les enfants qui vivent dans un cadre de violence conjugale sont des enfants maltraités.
Quels peuvent être les facteurs de risque ?
C’est une question à la fois très pertinente et compliquée parce qu’elle pointe beaucoup de croyances autour de la maltraitance qu’il est important de déconstruire.
Les maltraitances des enfants peuvent se passer dans tous les foyers. Elles ne sont pas liées à l’éducation, à l’indice socio-économique, à la réussite sociale ou à la religion. Il n’y a ni profil, ni facteur de risque. Tout le monde peut être maltraitant ou négligeant.
Quels sont les signes d’une maltraitance ?
Il faut observer les comportements des enfants et pouvoir recevoir leurs confidences. Ils se confient souvent à des moments inattendus, par exemple pendant un exercice ou juste avant que la sonnerie ne retentisse.
Pour repérer les signes, il est important de développer son observation et faire confiance à son intuition. Il est important de se rappeler que généralement un enfant présente plusieurs signes. Parmi les signes, on peut citer, par exemple, un enfant qui commence à avoir des résultats scolaires compliqués alors qu’il travaillait bien. Un enfant qui va tout le temps aux toilettes ou qui est sujet à l’énurésie (NDLR : émission involontaire et inconsciente d’urines). Un enfant qui montre des signes de fatigue. Un enfant qui porte des vêtements trop petits ou trop grands.
Il y a aussi la violence. Dans le fondamental, c’est frapper les autres, se mettre en colère, insulter. Dans le secondaire, ils vont développer d’autres signes comme les scarifications, l’anorexie, la boulimie.
Il y a aussi des enfants trop sages, qui ne jouent jamais avec les autres, qui s’isolent. Ce sont des signes de mal-être ou de stress et non pas de maltraitance ou de négligence.
Des formes de négligence peuvent apparaitre parce que les parents n’arrivent pas à répondre aux besoins de l’enfant : lui fournir du matériel scolaire, l’habiller correctement, lui donner à manger correctement… Ce ne sont pas des parents monstrueux.
Que peut faire un enseignant ou une enseignante qui suspecte une situation de maltraitance ?
Intervenir, cela veut dire concrètement qu’il faut avertir sa direction et éventuellement en parler avec d’autres collègues pour savoir s’ils ont aussi observé des choses. Ensuite, les centres PMS prennent le relais.
Il est important de noter les faits, ses observations et de relayer les paroles de l’enfant en utilisant son vocabulaire. Les informations doivent être les plus factuelles et les plus claires possibles, idéalement datées. Elles sont importantes et précieuses car l’enseignant ou l’équipe éducative travaillent au quotidien avec l’enfant.
Attention aux interprétations. Le travail des enseignants et enseignantes, c’est d’observer l’enfant. Ce n’est ni de faire des procès, ni des diagnostics.
Il est aussi important d’aller vers l’enfant, de s’intéresser à lui, d’ouvrir le dialogue en lui demandant si ça va. Mais ce n’est pas un interrogatoire. Par exemple, au lieu de lui dire « Tu n’as pas fait tes devoirs », lui demander « Pourquoi tu n’as pas fait tes devoirs ? Est-ce que ça va à la maison ? ».
Si l’enfant dit : « Non, ça ne va pas à la maison ». Il faut lui répondre « Je vais essayer de t’aider » et non « Je vais t’aider ». Parce que ça signifierait qu’on va sauver l’enfant et l’enfant va se dire que ça va être résolu.
Une formation et des ressources
Via l’Institut interréseaux de la Formation Professionnelle Continue (IFPC), Annick Faniel dispense la formation « Protection et prévention de la maltraitance des enfants » (code 210802601) destinée aux directions, membres des CPMS, enseignants et enseignantes, éducateurs et éducatrices. À partir de leurs réalités, les participants et participantes recevront une série d’outils concrets.
Sans oublier Yapaka, le programme de référence de prévention de la maltraitance de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il offre une grande diversité de ressources.
Le CERE propose également des ressources.



