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Sexe, genre, orientation sexuelle : mieux comprendre pour mieux accompagner

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Sexe, genre, orientation sexuelle : mieux comprendre pour mieux accompagner
2020 | 11

Dans cette analyse, nous apporterons une définition propre aux termes de sexe, de genre et d’orientation sexuelle afin de permettre une meilleure compréhension de ce que peuvent exprimer les jeunes lorsqu’il.elle.s effectuent un coming out ou nous interpellent quant à ces notions. Si, lorsqu’il.elle effectue cette démarche le.la jeune vit souvent un moment particulièrement délicat, il en est de même pour l’adulte qui reçoit cette confidence, se sentant parfois démuni. Afin d’apporter l’écoute et le soutien utile, il importe dès lors de comprendre de quoi l’on parle et quels en sont les enjeux.

Par Clémence Géva, coordinatrice pédagogique – Alter Visio ASBL

et Bernard Guillemin, coordinateur – Alter Visio ASBL

Mots-clés : genre, orientation sexuelle, essentialisme, identité, transgenre

Sexe, genre, orientation sexuelle : mieux comprendre pour mieux accompagner

A la suite de diverses questions posées au CERE par des parents ou des professionnel.les de terrain au sujet des questions de genre et de l’orientation sexuelle des enfants et des jeunes, nous avons entrepris d’en discuter avec l’équipe d’Alter Visio [1] et y avons rencontré Bernard Guillemin. Ce dernier a alors proposé de rédiger une analyse sur ces questions, étant donné l’expérience de l’association, et d’y poser une réflexion.

Dans cette analyse, nous apporterons une définition propre aux termes de sexe, de genre et d’orientation sexuelle afin de permettre une meilleure compréhension de ce que peuvent exprimer les jeunes lorsqu’il.elle.s effectuent un coming out ou nous interpellent quant à ces notions. Si, lorsqu’il.elle effectue cette démarche le.la jeune vit souvent un moment particulièrement délicat, il en est de même pour l’adulte qui reçoit cette confidence, se sentant parfois démuni. Afin d’apporter l’écoute et le soutien utile, il importe dès lors de comprendre de quoi l’on parle et quels en sont les enjeux.

Sortir du binarisme

En tant qu’adulte, lorsque nous entendons parler d’orientation sexuelle, nous nous référons régulièrement au binarisme du couple hétéro VS homo. Si, chez Alter Visio ASBL, dans notre pratique de terrain nous constatons que presque tou∙te∙s les jeunes connaissent le terme « homosexuel », nous observons aussi que beaucoup d’entre-eux.elles, ont intégré un vocable bien plus large : pansexuel, asexuel, trans, non-binaire, agenre… Par ces termes, les jeunes nous emmènent dans un monde qui nous invite à quitter la rigidité des corps, pour faire davantage preuve de souplesse quant à la construction de l’individu et à intégrer la complexité de nos identités plurielles et fluides.

Avant de définir les orientations sexuelles, il convient de faire une première distinction entre deux termes qui, bien souvent, créent confusion : le sexe et le genre.

Le sexe biologique est défini par des caractéristiques physiologiques, qui se sont vues essentialisées [2] au fil de l’histoire afin de justifier certains paradigmes de notre société occidentale. On distinguera globalement les femelles et les mâles (souvent associés à tort et confondus avec les termes « féminin » et « masculin »). En utilisant cette dualité, nous nous baserons principalement sur un aspect anatomique visible : les organes génitaux.

Or, il importe de distinguer quatre types de sexe : le sexe anatomique, le sexe génétique, le sexe gonadique et le sexe hormonal. Ces quatre niveaux du sexe biologique ne sont pas tous réalisés à la même période de la vie. Ils se déploient autour de quatre temps forts que sont : la fécondation, la vie intra-utérine, la naissance et la puberté. Autant d’étapes au cours desquelles peuvent survenir des processus conduisant à une condition dite intersexe [3]. Considérant ces différents éléments, nous comprenons bien que la notion de sexe biologique s’inscrit dans un spectre bien plus large que dans le vocable binaire communément exploité.

La notion de genre ne s’inscrit quant à elle pas dans le champ du biologique, mais bien dans celui du sociologique. Dans une société donnée, à une époque donnée – la conception du genre peut différer d’une époque à l’autre, d’un endroit du monde à l’autre [4] – les individus, en regard de leur sexe anatomique, se doivent d’adopter certains codes associés au sexe attribué. Les « femmes » auront des enfants, s’occuperont du foyer, le tout en douceur et en étant maternantes… tandis que les hommes s’investiront dans la vie publique, pratiqueront un sport dit endurant, adopteront une posture virile… Ces exemples, bien que volontairement réducteurs, illustrent des stéréotypes intégrés, connus (bien que pas forcément partagés) par un grand nombre, encore actuellement. « Le genre est donc précisément un processus de bicatégorisation visant à créer et fixer les différences sexuées, à les présenter comme naturelles, et à les utiliser ensuite pour renforcer l’essentialisme des sexes [5] ».

Il ne s’agit pas ici de porter un jugement de valeurs quant aux pratiques et attitudes des individus, mais bien d’apporter une distinction quant à ces deux éléments qui, lorsqu’ils sont confondus, peuvent porter préjudice à certain.e.s qui ne se sentent pas en adéquation avec les confusions véhiculées. Par ailleurs, nous ne pouvons que constater les inégalités de développement et d’intégration encore vécues au quotidien par les individus de sexe féminin sur base des croyances associées à ces éléments et à la manière dont ils sont figés dans la construction et l’organisation de notre société (inégalités salariales, plafond de verre, violences intrafamiliales, violences dans l’espace public…).

Au vu de ces différents éléments, il est important de comprendre qu’il appartient à chaque individu de se définir, de s’auto-déterminer, tant en regard du sexe que du genre. Pour le dire autrement, il n’est pas d’autre personne que soi-même qui puisse dire ce que je suis. La manière dont un individu se définira se traduira au niveau de son identité de genre et de son expression de genre.

« L’identité de genre d’une personne se réfère au genre auquel elle s’identifie, celui-ci n’étant pas nécessairement congruent au genre assigné à la naissance [6] ». « L’expression de genre renvoie aux différentes façons (attitudes, langage, vêtements, etc.) dont les personnes expriment leur identité de genre, et à la manière dont celle-ci est perçue par les autres. Elle peut être qualifiée de masculine, féminine, androgyne… ou non-binaire. » (Genres Pluriels, 2019). Nous pouvons, dès lors, nous sentir appartenir à l’un ou l’autre genre, quels que soient nos sexes biologiques. Ainsi, une personne transgenre n’est pas forcément « quelqu’un qui a changé de sexe » mais bien une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au genre qui lui a été attribué à la naissance, par distinction avec une personne dite cisgenre.

Les orientations sexuelles

Par orientation sexuelle, il faut entendre l’attirance affective et/ou physique envers un/des individu(s). Ainsi l’hétérosexualité vise des individus attirés affectivement et/ou physiquement par des individus de l’autre sexe, l’homosexualité par des individus du même sexe et la bisexualité par des individus peu importe leur sexe. L’asexualité exprimera la non-attirance physique.

Ces brèves définitions relativement simplistes nous permettent de rapidement prendre connaissance de ce dont on parle. Elles viennent également mettre l’accent sur l’aspect cisgenré et cloisonnant de celles-ci. Les individus que nous sommes tou.te.s, sont bien plus complexes et plus fluides que ces quelques mots. Pour preuve, l’acronyme LGBT (voir infra), qui parle tant des orientations sexuelles, des identités de genre que des imbrications possibles, ne cesse de se voir modifié au gré du temps. La génération actuelle n’hésite d’ailleurs pas à ouvrir davantage le champ des possibles.

LGBTQIAAP….

Cet acronyme, qui peut apparaître comme particulièrement complexe et fait l’objet de nombreux débats au sein de la communauté elle-même, vient illustrer un ensemble de possibles infinis. Il repend les termes Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer [7], Intersexe, Asexuel∙le, Allié∙e [8], Pansexuel∙le, le + revendiquant la possibilité d’intégrer davantage d’identifications.

Il nous est régulièrement demandé pourquoi créer autant de cases, si ce n’est pas plus contreproductif. La communauté LGBTI+ (acronyme davantage exploité pour des raisons de langage) est un mouvement rassemblant l’ensemble des individus ne se reconnaissant pas dans les normes andro et hétérocentrés. Au vu de la diversité des identités qui la composent, la communauté s’engage dans de nombreuses luttes. Son histoire nous montre qu’elle vise à permettre le débat d’idées et n’hésite pas à se remettre régulièrement en question. Il n’est dès lors pas étonnant de voir son identification (son acronyme) aussi mouvante. Par ailleurs, ces mouvements permettent également à chacun.e de trouver une manière de s’y identifier, d’y être reconnu.e. Et c’est bien dans cette dynamique qu’il nous faut percevoir cet acronyme. Il vient porter lumière sur un ensemble d’individus qui à un moment donné, afin de pouvoir être reconnu et d’accéder à des droits identiques en termes de lutte contre les discriminations et d’égalité des chances, se sont regroupés afin d’ensemble, dans leurs diversités, porter un récit et une vision du monde communs.

Conclusion

Recevoir le coming out d’un.e jeune est un signe de confiance envers nous adulte. Nous nous devons de le recevoir dans cet esprit afin de permettre à ce.tte citoyen.ne à part entière de se construire et de s’épanouir, de lui permettre de se définir tel qu’il/elle se perçoit, au-delà de nos propres représentations et projections. Et contrairement aux idées reçues, il n’est pas d’âge pour se définir, et rien ne nous empêche, en regard de notre parcours, de notre vécu de revenir sur certains éléments de cette auto-détermination. Les seules raisons existantes, sont celles des aspects administratifs qui, de par leurs fonctionnements, contribuent au cloisonnement et à la rigidification.

Nous entendons régulièrement qu’il en faut du courage à un jeune pour passer à cette affirmation publique de soi. Et c’est une réalité. Néanmoins, comme le souligne Paul B. Preciado, ça n’est finalement peut-être pas tant le courage du jeune en question qu’il nous faudra mettre en exergue, mais bien le manque de courage que nous, adultes, pouvons porter au quotidien face à ces normes cloisonnantes : « … je vous souhaite de manquer de courage à votre tour. Je vous souhaite de ne plus avoir la force de répéter la norme, de ne plus avoir à fabriquer l’identité, de perdre la foi en ce que disent vos papiers sur vous. Et une fois que vous aurez perdu tout courage, lâches de joie, je vous souhaite d’inventer un mode d’emploi pour votre corps… [9]  ». Refuser ce manque de courage face aux normes qui nous enferment dans des cloisonnements et clivages, n’est-ce pas l’une des clés pour favoriser l’inclusion de tou.te.s dans notre société ?

Complément lecture

PRECIADO, Paul B., 2020. Je suis un monstre qui vous parle. Rapport pour une académie de psychanalystes. Grasset, Paris, 128 p.

RICHARD Gabrielle, 2019. Hétéro l’école ? Plaidoyer pour une éducation antioppressive à la sexualité. Les éditions du remue-ménage, Montréal, 168 p.

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles



Licence Creative Commons
Sexe, genre, orientation sexuelle : mieux comprendre pour mieux accompagner de Clémence Géva et Bernard Guillemin est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.



[1Alter Visio : Organisation de jeunesse LGBTQI+ : https://alter-visio.be/

[2Par « essentialiser », on entend la généralisation d’un trait naturel : essentialiser, c’est ramener l’individu à un donné stable (un sexe, une couleur de peau, par exemple), pour ensuite l’étendre à toute une catégorie partageant ce même donné, et établir, à partir de là, une hiérarchie entre différentes catégories.

[3Alter Visio, 2019. Matériel d’animation, Module 4 : les genres.

[4DAMON, Julien, 2006. « La pensée de... - Margaret Mead (1901-1978) ». Informations sociales [en ligne]. 2006/6 (n° 134), p. 27-27. [Consulté le 06 novembre 2020]. Disponible à l’adresse :

https://www.cairn-int.info/revue-informations-sociales-2006-6-page-27.htm

[5LIEBER, Marylène, 2008. Genre, violences et espaces publics. La vulnérabilité des femmes en question. Fait politique, SciencesPo. Les presses de Science Po, Paris, 324p.

[6Transgenres, identités plurielles [en ligne]. Genres Pluriels, 2019, Bruxelles. [Consulté le 03 novembre 2020]. Disponible à l’adresse :

https://www.genrespluriels.be/IMG/pdf/brochure_4emeed_web.pdf

[7Queer est un terme « fluide » qui englobe les orientations sexuelles et les identités de genre « hors normes ». Par ailleurs le terme également un vaste mouvement culturel et intellectuel traitant des thématiques LGBTI+.

[8Un∙e allié∙e est une personne qui n’est pas forcément LGBT+ mais qui apporte son soutien à la communauté en militant, par exemple.

[9PRECIADO, Paul B., 2019. Un appartement sur Uranus, Grasset, Paris, 336 p.



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